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Du 10 au 30 juillet 2017
Michel Cure

Peinture

Peinture

Peindre ou faire l’amour
Je suis né sous le signe des Gémeaux. De là peut-être ma double nature et mon goût pour les volte-face. Je ne crois pas à l’astrologie, ni à Dieu, ni au Diable d’ailleurs. Mon ciel est vide. Sauf les étoiles et cet astre sombre que j’ai mis longtemps à accepter : mon père.
Il m’a légué un peu de sa bipolarité. Je crois bien que c’est plus im- portant que les constellations qui bordaient mon berceau.
Donc ma peinture divague. Mais l‘inverse m’ennuierait. Changer, se distraire. Passer d’une chose à une autre. De tempera presque mini- malistes à de grandes peintures rudes et complexes, strati ées de couches accumulées. Et un autre pas de côté ; les portraits.
Des portraits qui lorgnent vers la peinture primitive, posés sur un fond uniforme, gures que j’aime un peu raides, construites, bâties même, enchâssées dans l’azur.
Il n’y a pas de temps pour la peinture. Je regarde avec les mêmes yeux Van der Weyden, Degas, Mondrian ou Andrew Wyeth. La pein- ture se nourrit d’elle-même. L’important c’est de peindre. Qu’im- porte le motif, c’est l’acte qui nous fait tenir debout. Le toucher du pinceau sur la toile, la couleur qui s’écrase, un bleu magni que, les mille variations de la couleur de la chair.
On n’y arrivera pas et c’est tant mieux. Rater, rater mieux, comme disait Beckett.
La peinture est impossible, sans but, mais on ne s’en échappe pas. Chaque pas est une tentative, chaque réussite un échec. Et il faut recommencer, recommencer toujours. Chercher les blancs cré- meux des drapés de Zurbarán. Tenter d’approcher l’odeur chaude des brioches de Chardin, la poussière qui grisaille les bouteilles de Morandi. La pureté linéaire et massive des gures de Piero della Francesca. Puis céder à l’envie de couleurs qui gueulent, qui giclent, dégoulinent. S’ébahir devant la puissance d’un masque. Le primi- tif toujours. La source de Jouvence. Puis revenir à la plénitude des aplats des tempera, à cette sensualité d’une géométrie approxima- tive et tendre.
C’est du pareil au même.
Mes modèles sont des femmes, toujours des femmes.
Sans désir il n’y a pas de peinture. La peinture est un acte, elle n’a rien à dire. La peinture se fait comme on fait l’amour, avec des ten- dresses et des brusqueries. La regarder, se regarder les yeux dans les yeux. Son regard qui guette son re et.
Dessiner demande un long apprivoisement. Au début malhabiles et gênés ; elle, de se dévoiler ainsi, moi, d’avoir la lourde charge de valoir cette con ance. Cette relation est un don, une des plus belles sensations qu’il m’ait été donné de vivre. Il faut se détendre, oublier le but, se laisser aller au plaisir. Faire glisser l’oeil sur une joue, l’ourlet d’une bouche. Suivre le cou, descendre dans ces si doux, si attirants creux dessinés par la ligne des clavicules, cares- ser la ligne d’ une mèche folle qui vient titiller la pointe du sein. S’enfoncer dans la blancheur du ventre.
À la n de chaque séance, c’est une délivrance et un regret. C’est à ce moment là que je peins, dans ce souvenir tiède, son gilet aban- donné sur un fauteuil. Son odeur et son rire qui ottent dans l’air. Je suis seul et libre. Son regard, dont j’ai besoin mais qui me fait redevenir petit garçon maladroit, n’est plus là.
Le plus érotique est dans les portraits. Paradoxalement. Je n’ai pas envie de peindre de la chair crue mais de ravir un peu de l’essence de celle qui est là, devant moi. Je repense toujours au roman de Süskind "Le parfum". Quand Jean-Baptiste Grenouille, avec de sub- tiles techniques, tente d’extraire la fragrance de cette femme qu’il aime. Son crime est un acte d’amour.
La peinture est exactement cela.
Ravir, xer de l’invisible pour repousser la perte, la déliquescence. Bataille vaine mais vitale. Peindre pour que la mort n’emporte pas tout.


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